Témoins

« Ce qui reste, on peut le tenir entre ses mains »

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Que faire des vêtements de quelqu’un qui n’est plus là ? Pour Danielle et Gerd, ils n’ont pas fini dans une boîte au grenier, mais sont devenus une couverture. Dans l’atmosphère chaleureuse et intime de Coda Rouwzorg, des chemises, des logos et des morceaux de tissu se transforment en souvenirs tangibles, une manière de rester lié à ceux qui leur manquent.

Pour Daniëlle et Gerd, l’atelier n’est pas une première. Autour d’une table, dans une pièce baignée de lumière, elles manipulent tissus et matériaux. Une machine à coudre se bloque un instant.

« Celle-ci pose parfois problème, mais celle-là fonctionne toujours », dit Reine avec un sourire rassurant. Elle est bénévole, tout comme Isha. « C’est la deuxième fois que nous nous retrouvons ici », explique Reine. « Après environ six séances, la couverture sera terminée. Nous avons d’abord pris le temps de faire connaissance et de partager nos histoires, pour comprendre qui est chacun et ce que chacun porte en lui. »

« Dans un cadre chaleureux et intime, des chemises, des logos et des morceaux de tissu deviennent un souvenir tangible. »

Des histoires tissées dans le tissu

Ces histoires sont au cœur du projet. Car le deuil ne se porte pas seul : il se partage, morceau par morceau. De cette manière, on peut encore “tenir” la personne disparue, quand le besoin s’en fait sentir. Et préserver ainsi de nombreux moments précieux.

Les couvertures de souvenirs naissent à partir des vêtements d’un partenaire disparu. Non pas pour lâcher prise, mais pour continuer à tenir autrement.

À la table, Danielle tient une chemise bleue entre ses mains. Son compagnon Ronny a été victime d’un AVC il y a environ deux ans. Quelques semaines plus tard, une pneumonie lui a été fatale. Il avait 56 ans.

« Je ne savais pas quoi faire des vêtements de Ronny. Les jeter m’était impossible. Mais les laisser là… ça ne me semblait pas juste non plus. Celle-ci, par exemple, il la portait quand je l’ai rencontré. Et avec cette chemise, il apparaît sur son faire-part de décès. Il portait presque toujours le même type de chemises. Cette marque, c’était vraiment lui. C’est pour ça que le logo fera partie de la couverture. » Peu à peu, la couverture prend forme, avec une base douce en polaire.

On ressent toujours l’amour

La bénévole Isha accompagne, avec Reine, les ateliers de couvertures de souvenirs. Son engagement vient du cœur.

« Nous sommes tous, d’une certaine manière, des compagnons de route dans le deuil. J’ai moi-même perdu plusieurs proches, dont le père de mes enfants et ma sœur. Pendant mon propre deuil, je me suis parfois sentie très seule. C’est ce que je veux éviter aux autres. »

C’est précisément pour cela qu’elle s’investit aujourd’hui. « Si je peux aider les gens à ressentir à nouveau du lien, alors je le fais avec plaisir. »

« Vous ne créez pas seulement quelque chose. Vous êtes aussi en train de donner une place à la perte. »

Le concret aide

Lors des ateliers, les participants réalisent eux-mêmes une couverture à partir des vêtements de leur proche, étape par étape.

« Nous commençons par faire connaissance et par raconter l’histoire derrière les vêtements. La première coupe est souvent un moment important, auquel nous accordons une attention particulière. Ensuite, la couverture prend forme petit à petit, tout en laissant place au partage des souvenirs. »

Le fait de pouvoir toucher aide énormément. « On tient quelque chose dans ses mains, quelque chose de concret. Cela rend plus facile le fait de parler et de partager de beaux moments. »

La première coupe

« La première fois que tu coupes une chemise… il faut le vivre pour comprendre », confie Danielle. « À ce moment-là, ça devient définitif. C’est difficile, mais ça donne aussi de la force. Tu fais tes adieux à ce qui était, pour créer quelque chose de nouveau. »

Gerd a perdu son mari Ludo il y a un peu plus d’un an. Elle aussi transforme ses souvenirs en tissu et en fil.

« Ça, c’est le logo du café où nous allions souvent, je veux le placer au centre. Mon mari faisait partie d’un club de billard, donc j’ai intégré la poche de sa chemise avec l’écusson du club. Il jouait aussi dans une équipe de football en salle, donc ce nom y sera aussi. Tout comme des photos de notre mariage, de nos enfants et petits-enfants. »

Elle ne sait pas encore exactement à quoi ressemblera la couverture. « Ça évolue. Tout comme le manque. »

En coupant et en cousant, l’espace s’ouvre pour parler. Sur le passé, le présent, ce qui reste. Lorsque Danielle montre une photo de son travail à sa famille entre deux séances, tous reconnaissent immédiatement la personne qui y est tissée.

« Quand ils ont vu le premier dessin, ils ont dit : “C’est tout à fait Ronny.” »

Pour elle, c’est bien plus qu’un projet créatif. « Pour moi, c’est une manière de donner une place à ce que je ressens. Je trouve ça incroyable d’avoir pu faire cela. »

Pour Gerd aussi, le chemin a été intense.

« On s’y investit pleinement, et cela apporte une certaine forme d’apaisement. Cela me rapproche aussi très vite de mon mari. Ludo a été malade pendant quatre ans. En décembre 2024, nous avons appris qu’il n’y avait plus de traitement possible. Trois mois plus tard, il est décédé très paisiblement. Le fait qu’il ait pu partir ainsi a énormément compté pour nous. »

« Quand j’ai montré les premières coutures, tout le monde a dit : c’est tout à fait Ronny. »

Proche, même après l’adieu

Une fois terminée, la couverture trouve naturellement sa place à la maison.

« Elle sera sur le canapé. Je vais beaucoup m’en servir », dit Gerd. « Je suis certaine que les enfants ne s’en sépareront jamais. Cela restera. Et pour les petits-enfants, ce sera un beau souvenir. Parce que la force réside dans le fait de pouvoir la toucher. On peut la prendre dans ses bras. On peut lui parler. On peut encore le serrer contre soi. »

Le deuil nous touche tous. C’est à partir de ce sentiment de lien, et dans le cadre de son engagement sociétal, que le DELA Fonds soutient le projet de Coda Rouwzorg ainsi que d’autres initiatives qui rendent l’adieu plus supportable.

Vous êtes bénévole ou collaborateur d’une ASBL impliquée dans un projet porteur de réconfort ? Vous aussi, vous pouvez introduire un projet. Découvrez ici comment faire.

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